17.03.2008
Chantal Sébire: suicide physique ou psychologique?
La France est depuis quelques jours bouleversée par la détresse de Chantal Sébire. Sa souffrance physique et psychologique a atteint un tel niveau qu’elle demande le suicide médicalement assisté. Or, toute euthanasie active est actuellement interdite en France. Il y a aujourd’hui de fortes pressions relayées par certains médias dans un but de légaliser ce type d’euthanasie. Mais, les débats législatifs indispensables sur l’accompagnement en fin de vie ne doivent pas être menés dans un climat d’émotion nationale : il faut laisser tous les arguments mûrir et ne pas agir sous la contrainte médiatique.
Mais qu’est-ce qui peut pousser une personne gravement malade à vouloir mettre fin à ses jours, car tous les malades incurables ne demandent pas l’euthanasie ? Ceci est une réflexion d’ordre générale, car malgré l’extrême singularité de toute demande d’euthanasie, il y a tout de même quelques constantes. Une souffrance qui deviendrait insupportable, c’est la réponse la plus évidente. Rappelons tout de même qu’aujourd’hui, la médecine est capable de remédier à 90% des douleurs humaines. Il faut donc former les médecins au traitement de la douleur des personnes en fin de vie, afin de rendre plus supportables les derniers jours. Mais, il semblerait que la détresse physique ne soit pas la seule raison pour les malades de demander l’euthanasie : il existe une souffrance psychologique, peut-être pire encore. Les personnes demandant l’euthanasie sont très souvent isolées affectivement et familialement. Parfois, cet isolement débouche sur le sentiment de se considérer en trop dans le monde ou même indigne de vivre en société et d’être regardé par les autres. Mais chaque personne est infiniment digne de respect, comme le montre Lévinas, un grand philosophe du XX siècle : rien que le regard de l’autre me montre son humanité et son inaliénabilité. Par son regard, l’autre m’institue comme son protecteur ! Partant de ce principe, aucune personne n’est indigne de vivre et l’on ne doit laisser personne se penser ainsi. C’est tout le travail de l’apprentissage au respect de celui qui est différent à cause de sa maladie et toute la question des soins palliatifs.
En effet, les soins palliatifs ont une autre approche des patients en fin de vie : les emplois du temps des médecins sont conçus pour privilégier l’écoute. Ils ne s’acharnent pas thérapeutiquement, au contraire, ils essaient de soigner les patients dans la dignité, en respectant leur corps malade et leur esprit. L’autre composante essentielle des soins palliatifs est le groupe des bénévoles qui soutiennent et écoutent au quotidien les malades. Ils peuvent aider les patients à partir le cœur en paix : voilà une bonne action ! Par eux, la société civile se déplace auprès du malade et lui montre qu’il n’est pas indigne de vivre, mais que, dans la souffrance, une part de son humanité peut se révéler à lui. Il souffre physiquement, mais l’accepter, n’est-ce pas accepter sa condition humaine ?
Louis
17:47 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : chantal sébire, euthanasie, boutin, poisson, suicide médicalement assisté



