20.01.2009

Une autre façon de parler de l'environnement

Dominique Lang, vous êtes scientifique de formation, journaliste à La Croix et rédacteur des cahiers de Saint Lambert. De surcroît, vous êtes prêtre.
En ce début d'année 2009, quels défis écologiques voyez vous se profiler à court et à moyen terme?

Le défi le plus imposant et immédiat selon moi est celui de prendre la mesure de ce qui est en jeu, et cela de manière collective... De manière a ce que les évolutions nécessaires dans nos comportements aient un effet rapide. Malheureusement, la crise financière en cours met en évidence que les dérégulations qui sont à l'oeuvre ont atteint désormais des tailles inouïes. Et quand cela touche le porte-monnaie, on y est bien sûr immédiatement sensible. Mais c'est le même constat à faire pour les crises alimentaires en cours. Idem pour les crises environnementales, de destruction de l'habitat, d'hyper-urbanisation, de mutilation d'écosytèmes entiers
L'autre défi est celui de ne pas tomber dans le catastrophisme idéologique ou le déni positiviste : il y a d'autres voies possibles. Par exemple, en regardant ce que les crises révèlent comme nouveaux germes de vie. Et là encore, pas de vision idyllique dans cela : chercher ce qui est vivant dans les temps de crise demande beaucoup d'abnégation et de persévérance. Et pourtant, c'est essentiel pour chacun.

La crise risque-t-elle d'éclipser les bonnes résolutions prises dans le passé, comme celles du Grenelle de l'environnement?

On verra bien ! Le risque est toujours grand de ressortir les vieilles ficelles, alors que les défis sont nouveaux. L'élan qu'avait suscité le Grenelle montrait qu'il y avait un frémissement dans la société française : des vieux acteurs opposés étaient capables désormais, au nom des urgences, de se parler et même, de trouver un compromis. Mais voilà, il reste un Grenelle collectif à inventer, notamment auprès des décideurs politiques et économiques qui ont des calendriers et des exigences qui leur semblent prévaloir sur tout le reste...
Le Grenelle est le signe que quelque chose est possible, encore. Mais un signe ne suffit pas pour faire bouger les mentalités...Il faut espérer que les projets de loi du Grenelle II trouveront autant que possible un accueil favorable... cela ne dédouane personne d'aller plus loin et de se poser des questions personnelles sur nos choix de consommateurs, sur nos modes d'existence et sur l'acceptation d'inégalités sociales de plus en plus criantes, au nom d'une certaine conception du progrès social.


Vous venez de créer les Cahiers de Saint Lambert, revue donnant un point de vue chrétien sur la crise environnementale. Pouvez-vous nous en dire plus?

La revue est le fruit d'une rencontre avec un autre journaliste, non-chrétien et vieux militant de la cause écologique. Il est intéressant de voir que sur cette thématique, des gens très différents peuvent se rencontrer et partager un mêmes souci de l'humain et de son monde. Cela n'ôte pas les différences mais montre qu'il y a des combats qui méritent de dépasser les étiquettes par moment.
La revue aimerait avoir ce sens du dialogue sur les défis de la crise écologique. Nous ne donnons pas des réponses toutes faites : nous préférons faire parler des acteurs du terrain qui sont à l'oeuvre, qui ne baissent pas les bras. L'écologie est aussi un bel espace d'oecuménisme pratique pour les chrétiens : la revue fait parler Mgr Barbarin et évoque la figure du protestant Jacques Ellul. Enfin, nous proposons une sélection d'informations, de lieux et de contacts pour aider chacun à se faire une opinion et à se mettre en route à son tour. Au rythme des saisons, notre trimestriel aimerait faire le pari de la réflexion et de la contemplation : celle de l'inouïe générosité du monde naturel et celle de l'humain quand il accepte de tenir sa place, fragile et belle, sans agressivité, au sein de son monde.

Louis

En lien, le blog de réflexions du Groupe de Saint Lambert sur l'environnement.